Dhafer Youssef

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Dhafer YoussefNé le 19 novembre 1967 à Teboulba, est un oudiste, vocaliste et compositeur tunisien. Issu d’une famille modeste et d’une longue lignée de muezzins. Dès son plus jeune âge il découvre le potentiel de sa voix.

Il se souvient avoir l’habitude de passer des heures au hammam du village à chanter. Les résonances procurées à sa voix par cet espace caverneux le fascinaient. Quelques années plus tard, il intègre la troupe de chant liturgique locale en tant que vocaliste. A la Maison des Jeunes de Teboulba, il s’exerce au oud avant de commencer à découvrir la basse électrique.

Après les mélodies arabes entraînantes, il s’initie au groove. Ce virage le propulse dans un autre univers lorsqu’il intègre la Troupe de Radio Monastir où il est sélectionné par Mesbah Souli, violoniste, membre de la troupe nationale tunisienne et professeur de musique au lycée de Teboulba. Aspirant à découvrir de nouveaux horizons, Dhafer Youssef quitte son village natal et s’installe à Tunis où il rejoint le Conservatoire de Nahj Zarkoun.

Il s’envole pour l’Autriche avec l’ambition de parfaire sa formation. L’ivresse créative procurée par le multiculturalisme viennois lui permet de découvrir un monde aux possibilités diverses. Il entame des études de musicologie, se passionne pour le jazz et pour la musique indienne. De clubs en bars à musique, il fait des rencontres emblématique comme avec le saxophoniste autrichien Wolfgang Puschnig. Puis avec Gerhard Reiter, percussionniste autrichien, il créé son premier groupe «Zeryab». Et c’est reparti pour des années de durs labeurs.

En 1996, ses multiples découvertes et expériences à Vienne donnent vie à son premier disque «Msafer» (Le voyageur). Cet opus, fruit de ses diverses rencontres, marqueront à jamais la musique de Dhafer Youssef et lui insuffleront cette dimension universelle : le musicien indien Jatinder Thakur montre avec les rythmes de sa tabla une voie riche en possibilités, les mélodies du violoniste autrichien Anton Burger les multiplient, l’accordéon du musicien autrichien Otto Leichner leur donne des couleurs et le contrebassiste allemand Ackim Tang offre de la consistance à cet indigo musical.

Dhafer Youssef présente son projet à Porgy & Bess, club viennois de renom, qui après une première soirée très appréciée, lui donne carte blanche pour entamer un cycle de concerts mensuels. Il y fait encore plus de rencontres dont l’une des plus importantes demeure celle du guitariste français d’origine vietnamienne Nguyen Lê. Le chemin de Dhafer croise celui du trompettiste italien Paolo Fresu qui l’invite à partager la scène avec lui lors de nombreuses performances dans divers pays européens.

Au fil des concerts, Dhafer Youssef a gagné en maturité. Le constat s’est affirmé avec la sortie de «Malak» en 1999 sous le label Enja Records. Le groove méditerranéen y prend une couleur particulière à l’ombre des structures mélodiques du jazz européen. Le penchant lyrique s’y manifeste avec subtilité. De quoi marquer le début d’une identité musicale authentique imprégnée par ses origines sans tomber dans l’orientalisme typique. Accompagné par Nguyen Lê à la guitare, Markus Stockhausen à la trompette, Achim Tang à la basse et Patrice Heral à la batterie, il s’est retrouvé propulsé dans une carrière internationale.

Il sillonne les scènes européennes avec succès avant de regagner, en 2001, le studio pour un nouveau projet discographique : «Electric Sufi», son deuxième album avec Enja Records. Il s’agit de sa première expérience avec la musique électronique. Pour l’occasion, il a collaboré avec Wolfgang Muthspiel (guitare), Markus Stockhausen (trompette), Deepak Ram (bansuri), Dieter Ilg (basse), Mino Cinelu (percussions), Rodericke Packe (électronique) ainsi que Will Calhoun (batterie) et Doug Wimbish (basse). Le cocktail sonore est enivrant. Fruit de son intérêt obsessionnel pour les ondulations vocales et par les résonances sonores, la musique jazzy d’«Electric Sufi» était un terrain fertile pour la voix de Dhafer Youssef.

De retour au studio en 2003, il réalise «Digital Prophecy». La recherche s’intensifie et le résultat est encore plus envoutant. La symbiose entre l’oud et les sonorités électroniques est encore plus naturelle et l’alchimie prend dans cette nouvelle collaboration avec des artistes phares de la scène electro jazz scandinave : Nils Petter Molvaer trompettiste, Eivind Aarset le guitariste, Audun Erlien à la basse électrique et Rune Arnesen à la batterie. Cette véritable ascension sonore donne à la musique de Dhafer encore plus d’altitude. Cela lui vaudra deux nominations en 2003 pour les BBC Awards for World Music et la seconde en 2006 avec « Divine Shadows ».

En 2004, il collabore avec le compositeur et pianiste norvégien Bugge Wesseltoft sur le morceau «Hope», de son album «Film Ing». Cette collaboration prend de l’ampleur avec la parution de «Divine Shadows» (2005) et «Abu Nawas Rhapsody» (2010), sous le label Jazzland Records. Accompagné par le pianiste Tigran Hamasyan, le batteur Mark Guiliana et le contrebassiste Chris Jennings, «Abu Nawas Rhapsody» reprend une veine jazzy ultra groovy.

Après Djalal Eddine Rûmi, El-Hallaj et autres philosophes et poètes soufis, Dhafer Youssef puise son inspiration dans les textes d’Abu Nawas, poète persan du VIIème siècle connu pour ses odes au vin dans la société conservatrice de son époque. «Birds Requiem», ainsi s’intitule le nouvel album de Dhafer Youssef sorti en 2013. Cet album très personnel, marquera sans doute un détour dans le parcours de l’artiste. Sa voie accompagne la clarinette de Husnu Senlendirici et le Kanun de Aytaç Dogan. Il retrouve également ses acolytes Eivind Aarset à la guitare éléctrique, Nils Petter Molvaer à la trompette, Kristjan Randalu au piano, Phil Donkin à la contre basse et Chander Sardjoe à la batterie.

Dhafer Youssef est en perpétuelle recherche de nouvelles sonorités et de renouveau dans son répertoire musical.

Un artiste accompli que l’on ne se lasse pas d’écouter.

Site officiel : http://www.dhaferyoussef.com

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